Equipe de France de Judo – Bilan 2020 et perspectives 2024 par catégorie

L’équipe de France par équipes mixtes, victorieuse à Tokyo.

Le bilan français en judo aux Jeux de Tokyo est très satisfaisant. Huit médailles dont deux titres, probablement la meilleure combattante du tournoi avec Clarisse Agbegnenou en 63 kg, les émotions fortes du titre par équipes, …

Le travail des athlètes et de l’encadrement s’est montré de très haut niveau au cours de la dernière olympiade, rallongée à 5 ans. Mais avec davantage de réussite, le bilan individuel aurait pu être meilleur encore. Les médailles d’Amandine Buchard, Sarah Léonie Cysique, Madeleine Malonga, Romane Dicko et Teddy Riner nous ont fait vibrer, mais elles auraient toutes pu se transformer en or. Il n’est pas question de critiquer cet excellent bilan. Simplement de faire remarquer que cette équipe avait la possibilité de menacer davantage l’incroyable suprématie individuelle des Japonais à Tokyo. Et qu’elle a le potentiel pour le faire à Paris.

L’olympiade qui conduira à Paris ne dure que 3 ans. Les règles de sélection et de classement pour les Jeux, si elles reconduites à l’identique, prendront en compte les résultats obtenus par les judokas au cours des deux dernières saisons de compétition. D’ici-là, il s’agit pour la cellule du haut-niveau français de cibler quelques combattants à conduire / à mettre en concurrence jusqu’aux Jeux.

Le statut de nation-hôte garantit à la France un combattant qualifié dans chaque catégorie de poids (aucun qualifié en -81 kg à Tokyo), mais les combattants français sont évidemment concernés par le classement de l’IJF, le statut de tête de série ayant une influence déterminante sur le tirage au sort. Le classement n’est vraiment pas à négliger. Mieux classés à Tokyo, davantage de combattants français auraient pu atteindre les quarts de finale, après quoi, tout est possible.

Il y aura selon les catégories, des situations très différentes : des catégories où s’imposera tout au long de l’olympiade un(e) combattant(e) incontournable, des catégories, surtout féminines, avec une densité exceptionnelle de combattantes de très haut niveau (la limitation à un(e) combattant(e) par pays sera parfois, comme à Tokyo, un crève-coeur), et des catégories masculines plus faibles où peineront peut-être à émerger des combattants du plus haut niveau mondial. Dans les deuxième et troisième cas, il y aura parfois concurrence jusqu’aux derniers mois, comme pour Tokyo.

Les 18 mois à venir semblent déterminants, avec une question concernant tous les comités olympiques : vaut-il mieux investir tôt et massivement sur des combattants fléchés mais alors limiter la concurrence entre athlètes, ou alors laisser jouer la concurrence jusqu’au bout, au risque de pénaliser le classement des combattants finalement envoyés aux Jeux ?

Nous nous proposons de faire ci-dessous un point préliminaire sur les combattant(e)s français(es) dans toutes les catégories. Tout laisse à croire que l’équipe féminine conservera jusqu’à Paris le niveau stratosphérique observé à Tokyo. Chez les hommes, le chantier est énorme mais l’avenir est ouvert avec plusieurs jeunes à fort potentiel, qui pourraient bien arriver à maturité à temps pour Paris : après tout, Lasha Bekauri et Akira Sone, titrés en -90 kg et en +78 kg à Tokyo, n’ont que 21 ans.

Panorama des catégories de poids

– 60 kg

La superbe médaille de bronze de Luka Mkheidze (25 ans – Sucy) à Tokyo lui permettra de commencer l’olympiade en leader français de la catégorie. Mais Walide Khyar (26 ans – FLAM91), déjà présent à Rio en 2016, restera compétitif. Romaric Bouda (24 ans – Eure Judo), médaillé en Grand Chelem, Cédric Revol (27 ans – ACBB) et Vincent Limare (28 ans – Blanc-Mesnil) restent placés dans la hiérarchie nationale. Le junior Romain Valadier-Picard (19 ans – ACBB) est également à suivre de près.

– 66 kg

Kilian Le Blouch (31 ans – FLAM91), vainqueur d’un combat à Tokyo, est le leader français de la catégorie de manière assez claire. Conservera-t-il ce leadership jusqu’à Paris ? Médaillé européen et vainqueur en Grand Chelem, peut-il encore franchir un palier supplémentaire dans les plus grands championnats ? Derrière Le Blouch, la hiérarchie nationale est actuellement très ouverte car peu de combattants sont actifs au même niveau, même si des judokas tels Bouba Daikii (25 ans – AJA Paris) et Robin Corrado (27 ans – COS Judo 78) restent placés. Des jeunes combattants talentueux à suivre, notamment Maxime Gobert (19 ans – OJNice).

– 73 kg

Il est probable que Guillaume Chaîne (34 ans – COS Judo 78) passe la main aux Jeux de 2024. Quoiqu’il arrive, Guillaume aura éclairé de son talent et de son esprit d’équipe l’épreuve mixte de Tokyo. Benjamin Axus (26 ans – AJA Paris) et Lucas Otmane (26 ans – OJNice) sont positionnés pour prendre sa suite dans la hiérarchie nationale. Pierre Duprat (31 ans – JC Nérac) est toujours présent. Du côté des jeunes combattants, Joan-Benjamin Gaba (20 ans – JC Chilly Mazarin) montre de belles dispositions.

– 81 kg

Seule catégorie sans représentant français à Tokyo, elle reste ouverte pour Paris. Loin d’être épargné par les blessures, Alpha Oumar Djalo (24 ans – PSG Judo) parviendra-t-il à se remettre de sa déception et à se projeter sur 2024 ? Nicolas Chilard (23 ans – Sucy), Baptiste Pierre (25 ans – Dojo Bèglais) et Jonathan Allardon (30 ans – OJNice) peuvent lui disputer le leadership national. Le champion du monde 2013 Loic Pietri (30 ans – OJNice), trop juste dans sa tentative de retour pour 2021, trouvera-t-il la motivation pour aller jusqu’à Paris 2024 ? Enfin, des jeunes prometteurs, tels Arnaud Aregba (19 ans – PSG Judo) et Emir Janfaoui (19 ans – Brive), pourraient se révéler au plus haut niveau.

– 90 kg

Jamais épargné par les blessures, il est malheureusement peu probable qu’Alex Clerget (34 ans – Sucy) reste le leader de la catégorie jusqu’en 2024. Quoiqu’il arrive, nous n’oublierons jamais ses deux médailles mondiales, ni sa prestation par équipes à Tokyo, notamment en finale contre Mukai. Derrière Clerget, il n’y a pas de hiérarchie bien installée. Aurélien Diesse (23 ans – Blanc-Mesnil) est le judoka le plus visible au niveau international. Antony Joubert (24 ans – Nice Alliance) et les jeunes Eniel Caroly (21 ans – PSG Judo), Marc-François Ngayap (20 ans – Asnières) et Francis Damier (19 ans – FLAM91) sont d’autres judokas à suivre en vue de 2024.

– 100 kg

Alexandre Iddir (30 ans – FLAM91) a dominé la catégorie en France durant l’olympiade passée. En échec à Tokyo, il n’en a pas moins le potentiel pour dominer la hiérarchie nationale jusqu’à Paris. Double médaillé européen, il lui reste un cap supplémentaire à franchir pour être médaillé olympique en individuel. Cyrille Maret (34 ans – Blanc-Mesnil), blessé, a sans doute déjà passé les plus grands moments de sa carrière internationale, couronnée par une médaille de bronze olympique à Rio en 2016. Derrière Iddir, la concurrence est incarnée par Cédric Olivar (25 ans – SGS) ou encore Clément Delvert (29 ans – FLAM91). Les jeunes, dont Khamzat Saparbaev (20 ans – PSG Judo) et Kenny Liveze (19 ans – ACBB), sont sur les rangs.

+ 100 kg

Teddy Riner (32 ans – PSG Judo) a annoncé sa volonté de concourir à Paris en 2024. Il faut vraiment espérer que Teddy soit davantage épargné par les problèmes physiques et qu’il puisse combattre davantage que pendant la précédente olympiade. Il est également souhaitable que Joseph Tehrec (26 ans – Sucy), qui semble vraiment le plus fort après Teddy Riner actuellement, ait davantage la chance de s’étalonner et de briller au niveau international. Il faut, a minima, préparer l’après-Riner, et a maxima, construire une alternative sérieuse à Riner, pas à l’abri d’un pépin physique, dès avant 2024. Trois ans ne seront pas de trop pour une tâche aussi immense. Amadou Meité (21 ans – SGS) ou encore Tieman Diaby (20 ans – FLAM91) font partie des jeunes à potentiel dans la catégorie.

– 48 kg

Shirine Boukli (22 ans – FLAM91) avait le potentiel pour briller à Tokyo et elle l’a pour briller à Paris. Elle peut battre n’importe qui. Mais elle doit apprendre de ses quelques échecs de 2021 et ainsi gagner en régularité. La concurrence sera rude en France durant cette olympiade, qu’elle vienne de la génération du dessus, avec Mélanie Clément (29 ans -Marnaval), qui n’a pas dit son dernier mot, et Mélodie Vaugarny (28 ans – SGS), ou de la même génération, avec Mélanie Vieu (22 ans – PSG Judo), Blandine Pont (22 ans – RCS Champigny), Anaïs Perrot (20 ans – SGS) ou encore Léa Beres (20 ans – Stade bordelais).

– 52 kg

Amandine Buchard (26 ans – RCS Champigny) a de longues années devant elle au plus haut niveau. La voir dominer la catégorie en France jusqu’à Paris et y gagner le titre olympique est un scénario tout à fait possible. Mais même en France, Amandine devra continuer à batailler. Là encore la concurrence est rude dans la catégorie, incarnée par Astride Gneto (25 ans – Blanc-Mesnil) et Anaïs Mosdier (23 ans – Maisons Alfort). De nombreuses jeunes poussent derrière. Parmi elles, Léonie Gonzales (20 ans – Stade bordelais) et Chloe Devictor (18 ans – FLAM91).

– 57 kg

Sarah-Léonie Cysique (23 ans – ACBB) est sans doute le rêve de tout entraîneur. Lancée jeune à très haut niveau, presque toujours classée, ayant toujours montré une progression régulière, elle a manifesté de manière encore plus éclatante son potentiel à Tokyo avec cette magnifique médaille d’argent, ayant été tellement forte pendant cette compétition qu’on était en définitive presque déçu de la deuxième place d’une Sarah-Léonie pas favorite au matin de la compétition. La performance par équipes s’est montrée du même niveau, avec une victoire décisive en finale. En clair, Sarah-Léonie est vice-championne olympique tout en étant encore en pleine progression ! Si elle poursuit avec un tel état d’esprit, et nous n’en doutons pas, elle a le potentiel pour dominer sa catégorie et collectionner les titres malgré l’extrême densité en – 57 kg. Et encore une fois, Sarah-Léonie va profiter de l’émulation positive procurée par la forte densité de judokates françaises performantes : Hélène Receveaux (30 ans – Orléans) est l’ancienne de la catégorie, et chez les jeunes, le niveau est très élevé, avec notamment Gaetane Deberdt (22 ans – Pontault Combault), Maryline Louis Sidney (23 ans – Nice), Faiza Mokdar (20 ans – PSG Judo), ou encore Martha Fawaz (19 ans – PSG Judo).

– 63 kg

Clarisse Agbegnenou (28 ans – RCS Champigny) est aujourd’hui la reine absolue, seule au sommet de l’Olympe. Championne du monde pour la cinquième fois en 2021 (« faire l’impasse » – sur un championnat du monde – n’appartient pas au vocabulaire de Clarisse). Championne olympique en individuel et par équipes. Dominatrice en individuel malgré sa compréhensible angoisse de faire un minuscule faux-pas ce jour-là, justement, attendu pendant cinq ans, après avoir outrageusement dominé la catégorie depuis les Jeux de Rio. Et sa victoire contre la championne olympique des -70 kg Arai par équipes montre, comme d’autres l’ont déjà écrit, qu’elle pourrait sans doute dominer la catégorie supérieure. Arrêtons-là nos envolées lyriques, sinon nous finirons par écrire qu’elle gagnerait un championnat du monde féminin toutes catégories… La probabilité est donc très forte que Clarisse soit la représentante française et l’une des principales prétendantes au titre aux Jeux de 2024. La catégorie est pourtant loin d’être désertée en France. Manon Deketer (23 ans – Blanc-Mesnil), Yasmine Horlaville (24 ans – Eure Judo), Agathe Devitry (24 ans – Orléans) sont les mieux placées dans la hiérarchie nationale. Des jeunes telles Rania Drid (21 ans – Monaco), Mélodie Turpin (20 ans – Stade bordelais) ou encore Fantine Rauzier (20 ans – Maisons Alfort) représentent un avenir possible.

70 kg

Forcément déçue de sa prestation individuelle à Tokyo, mais heureusement associée au titre par équipes, Margaux Pinot (27 ans – Blanc-Mesnil) demeurera très compétitive pendant l’olympiade conduisant à Paris. Il est fort possible que la catégorie soit à nouveau le théâtre de sa rivalité avec Marie-Eve Gahie (24 ans – FLAM91), qui n’a pas retrouvé son tout meilleur niveau en 2021. La hiérarchie pourrait en outre être bousculée par Candice Lebreton (23 ans – Blanc-Mesnil) et des jeunes comme Morgane Fereol (21 ans – AJA Paris), Kaila Issoufi (20 ans – SGS) et Gabrielle Barbaud (19 ans – Pontault Combault).

78 kg

Madeleine Malonga (27 ans – Blanc-Mesnil) aborde cette nouvelle olympiade en position de force. Proche du sommet de sa catégorie mais restée sur deux médailles d’argent dans les grands championnats, elle peut retrouver l’or obtenu aux Mondiaux en 2019 à condition de progresser davantage que ses rivales japonaise et allemande. Mais il faudra à nouveau compter en France avec la redoutable Fanny-Estelle Posvite (29 ans – Limoges), athlète de premier plan mondial. On espère que leur rivalité s’exprimera de manière saine et résultera en une émulation positive. L’inusable Audrey Tcheuméo (31 ans – Orléans) possède sans doute l’abnégation et l’expérience nécessaires pour rester compétitive jusqu’en 2024. Samah Hawa Camara (26 ans – RCS Champigny) et les jeunes Habi Magassa (20 ans – PSG Judo) et Liz Ngelebeya (19 ans – Stade bordelais) peuvent également peser sur la hiérarchie nationale.

+ 78 kg

Romane Dicko (21 ans – PSG Judo) incarne tout ce qui fonctionne dans le judo féminin tricolore. Précocement championne d’Europe, elle a surmonté ses blessures pour survoler au début 2021 non seulement la scène nationale, mais aussi la scène internationale, et finalement se qualifier en bonne position pour les Jeux. Face à une française véritablement invincible pendant cette période, il aura fallu aux Jeux toute l’expérience, voire la roublardise de l’éternelle cubaine Ortiz, que Romane a déjà battue, pour l’arrêter en demi-finale de l’individuel, et l’immense talent de la championne olympique japonaise Akira Sone, âgée comme Romane de 21 ans, pour lui infliger une seconde défaite en finale par équipes. Romane est déjà une immense championne, mais, encore plus jeune que Sarah-Léonie Cysique, elle est encore en pleine progression et saura grandir encore grâce à ces deux défaites. Le niveau atteint par Sone et Dicko et le retrait prévisible d’Ortiz laissent imaginer un duel de titans, au sommet, entre la française et la japonaise au cours de nombreuses saisons à venir. En plus de Romane, la catégorie est incroyablement bien pourvue en France. Julia Tolofua (24 ans – Calvi) et Anne-Fatoumata M’Bairo (28 ans – RCS Champigny) auraient leur place en grands championnats dans la plupart des pays. Enfin, une forte densité de jeunes très prometteuses : Léa Fontaine (19 ans – SGS), déjà médaillée d’argent européenne chez les seniors, Tahina Durand (20 ans – Blanc-Mesnil), Laura Fuseau (20 ans – FLAM91) ou encore Coralie Hayme (20 ans – Villiers le Bel).

Epreuve par équpes mixtes

La France est qualifiée d’office pour l’épreuve par équipes mixtes de Paris 2024. Là aussi, le classement sera important, pour retrouver le Japon en finale. Compte tenu de la formule de l’épreuve, le grand chantier de l’équipe masculine aura des conséquences sur l’épreuve par équipes, la succession semblant ouverte en France en -73 et en -90 kg, et l’avenir un peu incertain chez les lourds. Chez les féminines, il est certain que l’équipe restera extrêmement compétitive, tant la valeur des combattantes qui pourront être alignées en -57, -70 et +70 kg en 2024 semble dès aujourd’hui garantie.

Bruno Roujon

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